Fibromyalgie : les nouveautés côté traitement et prise en charge

Bonne nouvelle : on sait de mieux en mieux reconnaître et soulager la fibromyalgie. Le point sur les progrès et sur les solutions.

La fibromyalgie a longtemps été sujette à polémique malgré sa reconnaissance par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) depuis 1992. D’abord identifiée comme une maladie rhumatismale, un trouble psychosomatique voire un problème imaginaire, elle est aujourd’hui considérée comme une pathologie de la douleur bien spécifique, qui touche près de 3 millions de personnes en France – majoritairement des femmes. La cause principale est identifiée : « un dysfonctionnement cérébral du système de détection et de modulation de la douleur », explique le Pr Didier Bouhassira, neurologue à l’hôpital Ambroise-Paré de Boulogne-Billancourt et auteur de L’Anti-Douleur (ed. Cherche Midi). Mais face à une grande diversité de symptômes, très variables d’une personne à l’autre, le diagnostic reste difficile à poser, et beaucoup de patients errent d’un médecin à l’autre, avant d’être pris en charge. C’est en train de changer et l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) est sur le point de publier un grand rapport sur le sujet (début 2020), pour faire l’état des lieux des connaissances scientifiques de la maladie, de son impact psycho-social et des pistes thérapeutiques. Décodage des progrès en cours et des solutions avec notre expert.

Un meilleur diagnostic

La fibromyalgie est une maladie sans lésions individuellement repérables ni anomalies biologiques détectables. Si l’imagerie cérébrale a bien permis d’identifier des dysfonctionnements dans certaines aires du cerveau, il ne s’agit que de moyennes sur des cohortes de patients, et les examens isolés ne sont pas significatifs. Cela viendra, mais pour l’instant, l’IRM serait inutile et les radios, comme la prise de sang, permettent seulement d’écarter d’autres causes. Le diagnostic repose plutôt sur l’interrogatoire et l’examen clinique, en s’appuyant sur des critères mis à jour en 2016. Les douleurs diffuses sont toujours associées à beaucoup d’autres manifestations à évaluer, telles que la fatigue intense, un trouble de la concentration, du sommeil, de l’humeur, du transit…

La bonne démarche : Le généraliste, le rhumatologue ou le neurologue sont souvent consultés tour à tour. Ils peuvent proposer une évaluation approfondie, également effectuée dans les centres anti-douleur pluridisciplinaires. Mieux vaut prendre rendez-vous sans tarder pour un bilan.

Des traitements plus efficaces

Les antalgiques usuels (aspirine, ibuprofène, paracétamol…) soulagent rarement quand ils sont pris isolément. Même chose pour les opioïdes purs, qui exposent, en outre, à un risque d’accoutumance. Mieux vaux éviter l’engrenage, et surtout d’augmenter les doses à mesure que leurs effets diminuent. A défaut de traitements révolutionnaires disponibles, des médicaments existants, décalés de leur indication classique, se sont avérés efficaces pour calmer la douleur, comme certains antidépresseurs et antiépileptiques. A discuter au cas par cas avec le médecin.

Les nouvelles associations : Pris ensemble, Tradamol et paracétamol, ou codéine et paracétamol, donnent plus de résultats. Ils ne sont pas à prendre au long cours dans tous les cas, mais ponctuellement au moment des crises et pour accompagner une remobilisation à la reprise d’une activité physique.

Du nouveau en neurologie

Pratiquée depuis le début des années 2000 la stimulation magnétique trans-crânienne (TMS) soulage 50 à 60 % des patients, c’est prouvé (1). Il s’agit d’envoyer un champ magnétique pour stimuler les centres de modulation de la douleur dans le cerveau. Le procédé est indolore, non invasif, sans aucun effet secondaire ni accoutumance. Mieux : le bénéfice est durable après l’arrêt des séances, pendant plusieurs mois. Hélas, tous les centres de soins ne sont pas encore équipés en France, mais le développement du dispositif progresse et le neurologue peut orienter vers un établissement hospitalier qui le propose.

Comment ça se passe : planifiées sur 6 mois, les séances de 15 à 20 minutes sont d’abord très rapprochées, une fois par jour, puis toutes les semaines avant d’être mensuelles. Pas de surcoût pour le patient, le prix est inclus dans le tarif de la consultation hospitalière faisant l’objet d’un remboursement.

Le coup de pouce des médecines complémentaires

La prise en charge de la fibromyalgie est de plus en plus globale, grâce à des approches thérapeutiques croisées qui incluent les techniques psychocorporelles, ciblant donc le physique et le mental à la fois. Elles diminuent le stress (qui amplifie les symptômes), améliorent le sommeil souvent dégradé, et transforment surtout le rapport à la douleur pour améliorer la qualité de vie.

Des pistes pour s’y mettre : le yoga, la relaxation, la sophrologie, la méditation, les thérapies cognitivo-comportementales (TCC), le qi gong, la cohérence cardiaque… C’est au choix en fonction de sa sensibilité et des opportunités à proximité. A noter : l’hypnose a fait l’objet de plusieurs études prouvant son efficacité dans ce contexte, mentionnées dans le dernier rapport que lui a consacré l’Inserm (2015).

Reprendre le sport, la stratégie gagnante

L’activité physique est devenue « la » priorité dans la prise en charge de la fibromyalgie pour réduire les douleurs. L’idéal est de suivre un programme de réentrainement par le stretching, éventuellement la balnéothérapie, dans un cadre hospitalier ou encadré par un kinésithérapeute en ville. De quoi mettre en confiance pour remobiliser en douceur les membres douloureux, donner des objectifs, évaluer les bénéfices… et amorcer un cercle vertueux.

Tout droit des USA pour demain :

* Un test sanguin pour le diagnostic : des chercheurs de l’Université d’Ohio viendraient de découvrir la signature moléculaire de la fibromyalgie, détectable à l’analyse sanguine. Application possible dans les 5 ans après essais cliniques. Source : Journal of biological chemistry, février 2019.

* Un antidiabétique pour soulager : après avoir constaté des résistances à l’insuline et des atteintes des nerfs comparables chez les personnes diabétiques et les patients souffrant de fibromyalgie, des chercheurs de l’Université du Texas ont administré à ces derniers un antidiabétique (la metformine). Diminution des symptômes chez tous les participants, et disparitions dans 50 % des cas. Essai à confirmer à grande échelle… Source : Plos One, mai 2019.

1 – « The effects of add-on non-invasive brain stimulation in fibromyalgia: a meta-analysis and meta-regression of randomized controlled trials. » Rheumatology 2016.

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